Palenque, la cité perdue sous la forêt humide

Lundi 16 avril 2018 :
Après un début de matinée bien chargé, on part en voiture en direction du site archéologique de Palenque. Il est déjà midi.
On y est en une demi-heure après un bout de route montagneuse.
Les inscriptions indiquent que la ville de Lakamha’ (lieu des grandes eaux,  sans doute en raison de ses nombreuses sources et cascades) naît au IIIe siècle.

Elle devient la capitale de cette région région fertile, chaude et pluvieuse appelée B’akaal (actuellement Chiapas et Tabasco).

Pendant cette période se succèdent épisodes glorieux et catastrophiques, alliances et guerres. Les pyramides les plus impressionnantes ont été construites entre l’an 600 et l’an 900.

De tous les sites archéologiques mayas, Palenque est celui dont la découverte est la plus ancienne : à la fin des années 1690, le frère Ramón de Ordoñez y Aguilar venu évangéliser le Chiapas découvre les vestiges par hasard et propage la rumeur d’une immense cité perdue dans la jungle.
Mais le site était connu des Mayas Chol sous le nom de « Otolum » (Terre des maisons fortifiées, traduit en espagnol : Palenque).

Dès notre arrivée nous voilà face à la première pyramide (Templo de la Calavera ou Temple de la Tête de Mort), encore à moitié recouverte par la jungle . C’est le choc !
Loïc : « Ouah!!!! »

Il était à l’origine peint en rouge et bleu (au VIIIe siècle).

Les pyramides sont immenses et les arbres à lianes autour aussi.

Pour nous, encore un vrai coup de foudre dès que nous posons les yeux sur le Templo XIII et la Tumba de la Reina Roja (Tombeau de la Reine Rouge)

Il y a comme une entrée protégée par une palapa :

une porte… (découverte par une jeune archéologue alors qu’elle effectuait des fouilles en 1994, un mur sonnait creux)

et un couloir…

C’est flippant!

qui nous conduisent à trois chambres,

dont l’une abritait un sarcophage de pierre.

Celui-ci contenait les ossements d’une dame « rouge » qui y reposait depuis 1300 ans. Le corps, l’offrande et les parois du sarcophage étaient recouverts d’une épaisse couche de pigment rouge : du cinabre (un pigment obtenu par broyage de sulfure de mercure  hautement toxique ) – d’où le nom de «Reine rouge» (Reina Roja).

Qui prêta sa puissante identité dans l’un de nos jeux favoris…

Le grand nombre d’offrandes autour d’elle démontre qu’elle était une femme importante et puissante. Elle était couvert de jades, de perles, de couteaux d’obsidienne, d’aiguilles en os, et de coquillages. Son visage portait un masque réalisé avec environ 300 tuiles de jade. (les 3 photos ci-dessous proviennent du musée). Il est composé de cent dix-neuf morceaux de malachite, deux plaques d’obsidienne qui simulent les pupilles , quatre plaques de jadéite (cristal servant de lame sacrificielle) qui simulent les iris, deux tubulaires et deux perles circulaires qui forment les cache-oreilles en jade .

De plus, le corps était orné de colliers, cache-oreilles, coiffes, diadème, bracelets et bracelets de cheville.

Sur les côtés du sarcophage de la Reine Rouge se trouvaient les restes squelettiques d’un garçon de 8-11 ans (décédé par décapitation) et d’une femme de 25-30 ans (qui serait morte d’une extraction cardiaque). Selon les rituels mayas, ils correspondent à des compagnons sacrifiés pour escorter un noble lors de son voyage vers le monde souterrain (l’infra-monde).

Faute de la moindre inscription, l’identité de la Reine rouge reste mystérieuse. Les enquêtes suggèrent qu’il pourrait s’agir de Tz’akbu Ajaw,  l’épouse de Pakal « le Grand ». Des test ADN ont prouvé qu’elle n’avait pas de parenté directe avec celui-ci.

La Reine Rouge mesurait 1,58 m et avait 38-40 ans au moment de sa mort. Comme le veut la tradition de la noblesse maya, son crâne avait été déformé (depuis qu’elle était petite) en une forme tabulaire oblique au moyen d’attelles et de bandages attachés à la tête.

Une reconstitution de son visage a été réalisée

On sort pour admirer le temple voisin au sommet d’un pyramide de 20 mètres

appelé Temple des Inscriptions car il contient des inscriptions formant un seul texte de 617 blocs glyphiques, un des plus longs que l’on connaisse du monde maya, sur l’histoire de la cité. Ils ont permis de reconstituer la lignée de 19 rois (le premier c’était K’uk B’alam (Quetzal Jaguar) en 431 après J-C).

En 1952, après 4 ans de fouilles, un archéologue a ouvert l’entrée de la chambre funéraire, située à 25 m sous le sol du temple.

Bon pour des raisons de conservation on ne peut plus y accéder mais on sait que c’est là que repose, le célèbre seigneur Pakal le Grand (Kinich Janaab Pakal, 603-683), qui conduisit la ville à la gloire. Intronisé à l’âge de 12 ans, alors que la cité était en pleine décadence (après les défaites contre Calakmul en 599 et en 611), il occupait à la fois les fonctions de roi et de prêtre suprême. Il édifia la majeure partie des palais et des temples comme le Temple des inscriptions.
Lorsque Pakal meurt, au terme d’un très long règne (68 ans), il est vénéré comme un être surnaturel. La pierre tombale sculptée le représente émergeant de la terre dans un acte de renaissance. (Photo de musée ci-dessous:)

Pakal prend la place du Dieu du maïs qui naît de la terre, grandit, vieillit, meurt et se rend dans le monde souterrain d’où il renaît cycliquement. Dans la vision du monde maya, les humains ont été créés à partir de pâte de maïs. Les trois personnages essentiels sont: Pakal,  Kawil (Dieu de la nourriture) et le It-zamna (Dieu du Ciel) dans leur forme d’oiseau céleste, représentant les trois niveaux de l’univers dans la conception maya.

Le sous-sol du temple représente une montagne et le tombeau une grotte  (le seuil de l’inframonde habité par des divinités et des ancêtres). Les ancêtres de Pakal étaient représentés dans les reliefs latéraux du sarcophage.

La crypte fut construite avant la pyramide qui la couvre et finalement avant le temple. Avant la découverte de cette tombe, on pensait que les pyramides n’étaient rien d’autre que des soubassements de temples.

On continue. Devant nous voici El Palacio

Et comme toujours dès qu’on peut grimper on le fait !

Du balcon del Palacio, voici El Templo de las Inscripciones

Et regardez les gars une galerie !

Un complexe dédale au milieu de la montagne

Dominé par une tour carrée de 4 étages qui aurait servi d’observatoire.

Des patios

Loïc : « Regarde Alex, c’est géant ! J’ai trouvé un passage secret »
Alex (qui fonce devant) : « Ah ouais ! »

Alex : « Et regarde Loïc,  il y a des stalactites »
(infiltrations d’eau dues aux joints disloqués).

Les enfants sont excités comme des fous en explorant ce labyrinthe de corridors, de cours, de balcons, de portes voûtées

Derrière Alex et Loïc, au loin au cœur de la forêt, le Temple de la Croix

Et oui on est au derrière étage mon Lolo !

Mais ça continue !

C’est un vrai labyrinthe

Ici, il y a des fenêtres partout ce qui est rare dans l’architecture maya . Les pièces étaient séparées et fermées par des rideaux dont il ne reste que des supports.

Les galeries  renferment des sculptures et bas-reliefs. Ici des prisonniers que Pakal avait faits en 659. Il s’agit de nobles de Santa Elena, un royaume allié à l’ennemi Calakmul

El Palacio est l’une des plus belles et des plus complexes structures du monde maya, résultat d’innombrables transformations architecturales qui se sont produites sur plus de 400 ans.

A Palenque, plutôt que des stèles il y a de grandes dalles de pierre couvrant les murs : des panneaux portant des hiéroglyphes et autres sculptures.

L’Oval qui illustre l’intronisation de Pakal, aux côtés de sa mère Zac Kuk.

Et des colonnes du palais indiquent sa généalogie avec un texte scellant une alliance avec Tikal et avec Yaxchilan.

Allez c’est l’heure de « cache cache maire » pour nos loulous.

On continue l’exploration

On s’éloigne du palais

Waldeck un explorateur dessinateur farfelu du XIXe siècle, autoproclamé « Comte » et à la vie exceptionnellement longue (109 ans) est le premier à avoir dessiné les monuments de la culture  maya.

Victor file vers le Temple du Comte. Waldeck le nomma ainsi car c’est là qu’il séjourna lors de son voyage à Palenque.

Comme toujours, on escalade toutes pyramides sur lesquelles on peut grimper hein les gars ?

C’est vertigineux

La Reine actuelle du temple

Vamos ! Direction le Groupe Nord.

Il comprend cinq temples. Certaines parties d’entre eux remontent à 325 après JC, les derniers ajouts étant survenus entre 625 et 700 après JC, la période de Pakal et de ses fils.

Originellement à destination religieuse mais remodelés pour devenir des résidences : on y a trouvé des outils pour moudre le maïs, des lames d’obsidienne, et un four. 

On passe curieusement devant une tombe beaucoup plus récente : un priviligié, l’archéologue le plus célèbre de Palenque, Alberto Ruz Lhuillier. C’est lui qui découvrit l’entrée de la tombe de Pakal.

On suit un sentier et on passe un pont sur une rivière

On est au cœur de la montagne tropicale humide. Il reste encore plus de mille structures couvertes par la forêt. La zone découverte représenterait à peine un dixième de la superficie totale de la cité.

Le Groupe des Croix  est constitué de trois pyramides échelonnées couronnées de temples  édifiées à l’occasion de l’accession au trône  du fils ainé de Pakal, le roi K’inich Kan Balam II  (Serpent Jaguar II, qui régna de 684 à 702). La plupart des temples étaient entièrement peints en rouge, couleur d’éternité pour les Mayas.

Le Temple de la Croix Foliée

Le temple du Soleil 

Et le gigantesque Temple de la Croix.  

Il présente encore sa « cresteria », la crête ajourée et décorée qui couronnait généralement tous les temples mayas.

Allez à l’assaut !

On s’approche du temple au sommet de la pyramide

Le panneau principal commémore l’ascension au trône de Serpent Jaguar II (à droite) : il montre l’arbre cosmique, avec ses branches qui pointent vers les directions cardinales, croissant au centre du monde, prenant racine dans l’inframonde (masque du monstre de la Terre, en bas) et portant à son sommet Itzan Yeh, l’oiseau céleste.

A gauche, c’est Pakal revêtu de ses atours funéraires (il porte dans les cheveux le lys d’eau du royaume des morts) : il est représenté plus petit que son fils ,qui est désormais le souverain en place.

De chaque côté de l’entrée, deux pierres taillées qui représentent deux hommes richement vêtus :  

Serpent Jaguar II (Chan Balam II), richement vêtu.

face à un dieu de l’inframonde courbé par l’âge, fumant le cigare

La vue du sommet du temple de la Croix est à couper le souffle. De gauche à droite : le Temple du Soleil, le Temple XIV, et le Palais

Et maintenant direction le Temple de la Croix Foliée

Dans le temple, un panneau sculpté

Montrant un plant de maïs considéré comme l’axe du monde, poussant de l’inframonde (masque du monstre de la terre) vers le ciel (oiseau). Chargée d’éléments symboliques, la plante de vie porte, à ses extrémités, des têtes humaines : cela doit rappeler qu’aux origines du monde, l’homme fut pétri dans le maïs, dont il fit ensuite son aliment principal.
Représenté à droite, Pakal transmet à son fils (à gauche) l’instrument destiné à effectuer l’auto-sacrifice pénien, devoir royal destiné à fertiliser rituellement l’Univers. ouille ouille ouille !

Le Temple de la Croix en impose vu d’ici!

Allez on redescend !

Direction le Temple du Soleil

À l’intérieur, il y a un sanctuaire avec le Tablero del Sol, qui commémore, entre autres événements, la naissance (635 après JC) et l’ascension au trône (684 après JC) du señor Serpent-Jaguar II face à son géniteur, feu Pakal.
Les deux participent à un acte rituel qui a pour centre un bouclier solaire avec des attributs de jaguar. La scène centrale est soutenue par deux aspects
différent : le Seigneur de l’Inframonde face à un groupe qui contient des symboles de la Terre et du Dieu Solaire.

Les enfants du Soleil avec leur Madre

On s’en est mis plein les yeux !!!! Merci Palenque 🙏

A sa fondation le nom donné cette « Cité de Pierre » était « Lakam Ha' », qui signifie « le lieu des  Grandes Eaux » en référence aux nombreuses sources et cascades que l’on peut y trouver.

L’Aqueduc : de trois mètres de haut, permettait de canaliser les crues du ruisseau « Otolum » et aussi de lui faire traverser la cité le long du Palais,  complété d’un pont de pierre  dénommé  « le bain de la Reine ».

Après 799, on perd toute trace de la dynastie,la ville commença son déclin (bien avant l’arrivée des conquistadores). Plus aucune nouvelle construction ne fut entreprise dans le centre cérémoniel. Les lieux abandonnés petit à petit, furent dévorés par la jungle.

Au retour, sur le parking (gardé par un señor), on achète des mangues, une coco, plus quelques victuailles achetées au feeling (et à l’odorat) pour compléter le pique nique.

On rentre à l’hôtel pour se reposer un peu, et les enfants ont droit à une baignade dans la piscine.

Puis on repart en ville récupérer notre lessive et acheter des tongs à Glück. Les enfants ont très faim. On finit par sortir manger mais notre pote allemand est fermé. On se trouve un autre petit restau abordable à peine plus loin dans la rue

On y boit nos meilleurs margaritas depuis le début du séjour !

et on y mange plutôt bien

Sauf que Glück doit rentrer en catastrophe avec Alex qui ne se sent pas très bien.

On se couche tôt car demain, on doit se lever à l’aube ; notre objectif : les ruines Maya de Bonampak et le Guatemala

En video :

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