Bonampak la vieille cité peinte

Vendredi 17 avril 2018 :
Palenque, Mexique. Lever 5h30. ça pique!
On laisse notre voiture à l’hôtel car on va voyager en combi. Il fait encore nuit à 6h00 quand on monte dans un mini-bus en bas de l’hôtel. Une longue journée nous attend, ce soir on sera loin d’ici; destination : le Guatemala

En video:

Le jour et la brume se lèvent peu à peu sur les montagnes.
Voyager ici au Chiapas n’est pas simple en voiture individuelle : routes en piteux état, isolement, et surtout bloqueos (barrages) : souvent des communautés autonomes (ou non) imposent une petite taxe de passage (illégale). Ce sont des villageois ou fonctionnaires s’opposant à des décisions locales, ou dont salaire n’a pas été payé, voire parfois c’est du simple racket. Donc voyager en combi c’est plus sûr car la négociation a été faite en amont par la compagnie.

On est un peu tassés les uns sur les autres avec d’autres familles mexicaines. Même pour notre Loïc matinal le réveil est laborieux. Il est difficile, il chouine, il fait la porte qui couine, ça commence fort !

La route est défoncée, bourrée de topes (dos d’ânes) que notre chauffeur prend brutalement.  ça casse les reins

On s’enfonce au Sud Ouest du Chiapas. C’est un état mexicain pauvre mais  magnifique, rude, mi-montagneux, mi-tropical. Les habitants sont majoritairement d’origine amérindienne , descendant des Mayas d’ethnies différentes (Tzeltales, Tzotziles, Choles, Zoques…) parlant des langues différentes et ne maîtrisant pas tous l’espagnol.

Au bout d’une heure et demie, on fait un arrêt pour le desayuno.

Au menu : riz omelette et haricots noirs, c’est un peu rude pour nous à cette heure matinale. Heureusement il y a un peu de pain et de beurre rance avec quelques fruits. Les enfants ne mangeront pratiquement rien.

Notre minibus combo Kichan Bajlum nous attend

Et c’est reparti. On reprend la route pleine de topes

On s’approche du Guatemala mais notre route perdue dans la jungle ne permet pas de s’y rendre : elle longe la frontière; d’abord le fleuve puis « la ligne droite » au milieu de la jungle et surtout au milieu de nulle part. Cette route récente a été créée avant tout pour surveiller le trafic de drogue et l’agitation révolutionnaire locale. Ce midi quand on ira au Guatemala, comme il n’y a pas de route pour s’y rendre, il faudra traverser le fleuve en pirogue….

Le Chiapas est une magnifique région sauvage et rurale, mais pauvre. Les paysans amérindiens minoritaires dans le pays sont majoritaires ici.
Il y a encore parfois des échauffourées entre les zapatistes (défendant les paysans amérindiens) et les groupes paramilitaires (payés par les grands propriétaires terriens).

Les négociations avec le gouvernement continuent . Les investissements étrangers arrivent peu à peu pour aider l’économie locale mais les avancées sociales sont limitées.
Les communautés mayas sont encore souvent reléguées à l’agriculture de subsistance (maïs, piments, patates douces, haricots rouges,…) alors que le Chiapas regorge de ressources naturelles (comme le pétrole) et aussi un potentiel touristique énorme mais balbutiant.

ça fait presque 4 heures qu’on roule et on n’a pas encore fait 150 km…
On passe devant « la police des chemins » 

Là, il faut laisser notre bus pour prendre une fourgonnette attitrée avec un guide. Impossible d’y aller seul. Une coopérative locale contrôle le chemin d’accès aux ruines de Bonampak par une piste forestière

Cette piste est encore plus défoncée

On roule dans la poussière 😉

Nous y voilà ! Bonampak est un peu site touristique, il n’en reste pas moins difficile d’accès et éloigné de tout.

Dans le bus on a sympathisé avec plusieurs autres personnes, dont une famille mexicaine avec une petite fille, sa maman et les grands parents, très gentils.

On commence la visite par un petit chemin au milieu d’arbres immenses. Notre guide nous explique la flore comme par exemple l’arbre maya qui pique.

Chaque picot représente l’âme d’un défunt. Selon le culte maya, l’âme s’incruste dans l’arbre par le bas et puis monte vers le ciel. Donc, les picots les plus bas sont ceux de morts récents et les plus élevés sont presque arrivés dans le paradis des dieux. Victor « Attila » s’y frottera en voulant lui faire un calin !!!

le caoutchouc…

et de nombreux arbres géants qui nous donnent le tournis

Les 2 petits (Loïc et Victor) sont surexcités et courent partout. Heureusement notre groupe a un regard très bienveillant sur eux.

« Et Maman regarde là bas une énorme pyramide de pierre ! »

La vue est saisissante : le travail des archéologues a dû être titanesque pour dégager la façade de cette pyramide qui était enfouie sous la forêt au milieu des collines.

Bonampak signifie « murs peints » en maya et fut découvert par les occidentaux assez tard (en 1946), guidés par les Mayas Lacandons qui continuaient à pratiquer, à certaines périodes, d’anciens rites mayas dans les temples.

Notre guide est un peu « rapido », il parle espagnol mais pas « despacio » du tout et on se sent un peu bousculés puis on fait un stop assez long devant le temple pour parler des fameuses peintures de Bonampak.
On comprend la moitié à peine mais c’est plutôt intéressant. La construction de la structure du site date de la fin de la période classique (580 à 800 après JC).

Il nous explique que contrairement aux historiens, le travail des archéologues est interprétatif et que les explications proposées des peintures le sont sur de fortes présomptions des connaissances qu’on a du monde maya de l’époque mais pas des vérités absolues.

On y voit des représentations de familles importantes, un lien avec la musique avec des instruments mais comme il nous dit n’ayant aucune trace audio ni de partitions, on ne sait pas du tout de quelles sonorités il s agissait.
On voit aussi les nobles qui tendent un doigt pour le percer. Un auto sacrifice pour faire couler le sang, des scènes de danse, des évocations de guerre. Et en bas, un bandeau représentant l’infra-monde. Les extraordinaires fresques écartent définitivement la réputation de pacifisme des mayas.

Victor est-t-il prêt à démarrer (comme d’habitudes) quelques bêtises ? 

Glück s’éloigne  pour s’occuper des 2 petits sur la grand place face à la pyramide, pour ne pas perturber les explications du guide.

Il y a un arbre avec des chouettes nids, habités par d’originaux oiseaux  jaunes

On avance un peu pour découvrir quelques sculptures retrouvées sur place. Selon les dires du guide, chaque sculpteur à sa « signature» propre.

Celle-ci  mesure près de 6 mètres de haut. C’est l’une des plus grandes stèles mayas connue.

Datant de 782, elle montre Chan Muan II, le dernier dirigeant de Bonampak, au sommet de sa gloire. Il est représenté en costume d’apparat sur la partie supérieure de la stèle, avec lance et bouclier porte un bâton de cérémonie, le monstre de la terre, d’où émergent les visages du jeune dieu du blé.

De nombreux glyphes laissés par le sculpteur apportent des informations sur la généalogie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et enfin , on gravit les marches pour accéder au fameux Templo de la Pinturas

Pour préserver le site un gardien surveille les lieux… enfin pour l’instant il roupille un peu avant qu’on arrive 😉

Il y a de nombreuses consignes à respecter pour préserver le site : pas de sac, pas de chapeau, pas de flash, pas de selfie, 3 personnes max à la fois par salle, etc… et maintenant le gardien est réveillé pour tout contrôler ! On y va donc à tour de rôle. Victor ce vilain en profite pour lancer un caillou à la petite fille, et se fait copieusement gronder par son papa !

La salle du milieu est la moins bien conservée (abimée par les premiers explorateurs), mais c’est magnifique, on en a des frissons

On remonte plus de douze cents ans, dans les ruines de cette cité maya, enfouie dans la jungle du Sud mexicain.
Ici est représentée une rude bataille qui eut lieu le 2 août 792 et qui s’achèvera par la défaite des ennemis, le jugement et le supplice des prisonniers.

Les ennemis vaincus ont été dépouillés de tous leurs vêtements et bijoux à l’exception d’un pagne.
Chan Muan II assiste au supplice des prisonniers, à qui on arrache les ongles ( les doigts dégoulinant de sang sur la reproduction).
Des têtes ont déjà été coupées avec le bourreau.

Il est entouré de notables, de courtisans et de femmes de la cour, tous somptueusement vêtus.

ça ne rigolait pas !

Les 2 autres salles sont encore plus impressionnantes

270 personnages et une trentaine de divinités sont représentés, ainsi que 108 hiéroglyphes.
Ces 150 m² de fresques, réalisées avec des pigments minéraux et végétaux, sont uniques dans le monde maya connu. 

L’absence de joints dans le plâtre indique que chaque pièce fut peinte d’une seule traite, pendant la courte période où le plâtre était humide. Elles portent la marque d’un maître, et de deux assistants compétents. Les trois pièces dépeignent avec beaucoup de réalisme une série d’événements. L’interprétation la plus acceptée affirme que les fresques illustrent une seule histoire qui comprend trois phase : avant, pendant et après la bataille. 

On y voit le seigneur du lieu, ses deux femmes, des enfants, des serviteurs enturbannés, des danseurs, des musiciens et des porteurs de parasols, des dignitaires aux luxueux ornements de plumes et de peaux de jaguar, des guerriers brandissant lances et casse-tête, des captifs à demi nus implorant leurs vainqueurs.

Tout au long de la scène apparaissent des personnages de haut rang qui se préparent pour l’événement

Certains personnages sont élégamment habillés avec leurs grandes coiffes de plumes Quetzal , en plus des divers éléments en jaguar et peau de serpent dans leurs costumes.

Chacune des portes de 3 salles possède un linteau sculpté d’un guerrier soumettant un captif. 

Après la victoire de la bataille, dominée par Chaan Muan II, le dernier souverain de Bonampak, se doit d’offrir son sang à son tour aux dieux dans un rite d’autosacrifice. Lors de la cérémonie il est sur son trône,  accompagné de sa femme Señora Yax T’ul (Verde Conejo ou Lapine Verte) et de mère  la Señora Escudo Cráneo (Bouclier de crâne). La famille royale  a «choisi» de faire passer une cordelette dans leur langue et de la percer pour recueillir leur sang et l’offrir aux dieux.
Sous le trône se trouve la boîte en bois que les vainqueurs ont prise comme trophée de guerre avec les objets du pouvoir.

Après avoir analysé les images infrarouges de cette scène, les glyphes “ho pi (ca) caw”.  ont été révélés.  » Cacaw  » était le terme maya classique pour les fèves de cacao et on a suggéré que le glyphe « pi » représente l’unité de 8 000 fèves. Par conséquent, s’il en est ainsi, il semble qu’il y ait eu un paiement en hommage à Chan Muwan II de 40 000 fèves de cacao , ce qui était considéré comme une grande fortune à l’époque.

Les fresques de Bonampak sont uniques. Aucun vestige maya, datant de l’apogée de cette civilisation n’atteint un tel réalisme et un tel degré de perfection technique.

Une cérémonie où le jeune fils de Chaan Muan II, futur héritier du royaume, est présenté à la noblesse par la famille régnante ; un orchestre jouant de trompettes en bois, de tambours et d’autres instruments ; des nobles discutant lors d’un débat.

Des danseurs aux costumes raffinés portant des masques représentant des dieux ;

Dans la 3eme salle, on remarque que le plâtre est à nu spécifiquement sur les visages des nobles. On se renseigne car ça nous intrigue. Et effectivement, ce n’est pas un hasard. Leurs visages d’origines n étaient pas peints mais faits de pierres précieuses et ont été pillés !

Peu après leur création et l’abandon de la cité, il y 1200 ans, de l’eau de pluie s’est introduite dans le plâtre du toit, recouvrant les peintures d’une couche de carbonate de calcium légèrement transparente qui a protégé les peintures tout ce temps (elle datent de 790-795, peu avant l’abandon de la cité).

On y retourne après le reste du groupe à contempler. Et on y est reste encore un bon moment seuls pour profiter de l’instant.

Mais on ne renonce pas pour autant à monter en haut de la pyramide voir la vue même si le guide nous speede, on est quand même pas venus pour ne voir les choses qu à moitié.

Dame Glück fait l’ascension avec Victor à bras car il rechigne le chameau!

Partout autour de nous la jungle s’étend sur des kilomètres.

Puis, on redescend tranquille

 

En trajet, la gentille famille nous offre des fruits et oreos pour les enfants. On revient à la fourgonette.

On discute avec eux et notre voisin, lui aussi mexicain et très sympa. On parle de la suite de notre projet, Calakmul et tout le reste . Ils ont l’air un peu inquiet pour nous et nous conseillent le bus. On parle sécurité. En fait selon eux, dans toute cette zone de jungle proche du Guatemala, on a autant à craindre des ennuis du côté de la police (apparemment archi-corrompue) que des narco trafiquants. Ils disent que Vera Cruz craint beaucoup mais à notre grand étonnement, México City pas trop, en tout cas, pas plus qu’une autre grande ville!

On change de transport et on reprend notre bus pour une vingtaine de minute jusqu’au village frontalier, la frontera coroza, faite naturellement par le fleuve rio… c est là que nous quittons le reste du groupe. Eux poursuivent par la visite de Yaxchilan et rentrent à Palenque le soir . Nous ce sera au retour mais pour l ‘instant , nous passons la frontière, direction le Guatemala !

Didier nous avait prévenu que l’organisation des peuple Mayas ici était très complexe gendarmes, majordomes,capitaines, anciens du village, chamans, rendent la justice en parallèle  à l’Etat Fédéral. Les communautés sont en fait commandées par le conseil des anciens. Les Chiapanecos ont toujours plus résisté au catholicisme et y ont intégré leur propre vision mystique : ils vont à l’église mais c’est pour y pratiquer leurs propres rites. Ici les prêtres ont moins de pouvoir que les prestigieux chamans  la fois guérisseurs, sorciers et devins.

En video :

Une réflexion sur « Bonampak la vieille cité peinte »

  1. Les fresques de Bonampak sont stupéfiantes de beauté,de finesse, et riches d’informations sur cette civilation…Nous avons et aurons l’air malin avec la Pyramide du Louvre,La peinture de Soulages etc…Heureusement nous pouvons encore nous promener ,sur le bitume,et voir au loin les éoliennes…😋

    Sont beaux nos petits Mexicains !

    En route!😋🎶🍸

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